Une préhistoire déjà mouvementée
Peuple encore mythique de la grande forêt d’Afrique centrale dont les lambeaux s’étendent aujourd’hui sur une petite dizaine de pays, de l’Atlantique au lac Tanganyika à l’est, les Pygmées seraient les descendants de très anciennes populations vivant au paléolithique dans la région des Grands Lacs (Rwanda, Burundi).
Si l’histoire des Pygmées en a fasciné plus d’un, leur origine nous est très largement restée inconnue à ce jour.

Chercher l’origine de ce peuple revient directement à remonter aux origines de l’Humanité.
Pour mémoire, le premier spécimen d’homo sapiens sapiens date de 130 000 ans.
Certains soutiennent, peut-être un peu facilement, qu’ils seraient les premiers habitants de l’Afrique, ayant irradié à partir du berceau de l’humanité, sa Corne, vers son centre, en 3 étapes.
Ils sont en tout cas avec certitude une des plus vielles populations de l’Humanité, puisque l'ADN révèle désormais une différentiation d'avec les Bantous remontant à... 70 000 ans (voir plus bas).
Chassés peu à peu par les vagues successives de migrations d’autres peuples venues du nord et de l’est, les Pygmées se seraient réfugiés il y a plusieurs dizaines de milliers d’années dans la grande forêt équatoriale, où à ses pourtours.
Certains, comme Marcel Griaule chez les Dogons du Mali, ont identifié dans les traditions orales de peuples d’Afrique centrale et de l’ouest (Guinée, Côte d’Ivoire, Mali) des évocations de « petits hommes, esprits de la forêt, chasseurs,… » comme les premiers habitants de leurs pays.
Désertification et clairières
A partir de - 2500, le desséchement progressif du Sahara entraîne encore une dernière vague de migration des peuples de la région vers le sud, dont les Bantous.
Elle va achever de cantonner les Pygmées au fond de la forêt.
Au début de notre ère, la pression se poursuit.
Des groupes de Grands Noirs s'installent le long des fleuves Congo, Sangha, Oubangui, etc...en apportant avec eux la culture de l'igname et du palmier à huile, le fer et la poterie.
Phase 1 : vers -2000, les Bantous qui viennent sans-doute du Cameroun-Nigéria arrivent en forêt équatoriale.Surtout, ils découvrent que la technique du brûlis après déboisement est propice à leurs cultures, et commencent à pénétrer, eux-aussi, en forêt, pour la domestiquer. Elle, et ses habitants, les Pygmées.
Phase 2 : An 1000, expansion vers l'Est. Les Bantous se mèlent alors avec les groupes indigènes et créent de nouvelles sociétés.
Phase 3 : au XVIe siècle et XVIIe siècle, les bantous de l'Afrique orientale se déplacent vers le Sud, poussées par les Masaïs venu du Nord.
C'est le début de la "civilisation des clairières".
Pendant des siècles, les Pygmées ont donc sans doute vécu plus ou moins paisiblement, nomadisant dans les forêts, vivant de chasse, de pêche et de cueillette, limitant leurs échanges – furtifs, cachés ou conflictuels ( ?) -, pour du fer et des poteries, avec les autres peuples des lisières.
C'est justement le fer et la poterie qui sont les premiers vecteurs de l'assujetissement progressif des Pygmées aux Bantous.
Au VIéme Siècle, les Pygmées sont totalement "englobés" par la société bantoue qui sert d'intermédiaire obligé entre la forêt et le monde extérieur.
Mais ceci est une autre histoire.... (voir "L'Afrique d'en-haut...et celle d'en-bas")
Une bactérie unie t’elle Pygmées et Bantous qu’aujourd’hui tout sépare ?
C’est la question que l’on peut se poser depuis la récente découverte de biologistes travaillant sur Helicobacter pylori, une bactérie bien connue des scientifiques puisqu’elle est responsable de notre ulcère gastrique depuis les premiers homo sapiens.
Après avoir été prélevé sur 51 ethnies des 5 continents, le patrimoine génétique de la bactérie a révélé que la souche ancestrale de toutes les Helicobacter pylori de la planète provenait de la Corne de l’Afrique ; elle a ainsi servi à dater la sortie d’Afrique de l’homme à –58 000 ans, ce qui cadre avec les estimations admises (-100 000 à –40 000).
Toutes, sauf une....
Un seul sous-groupe, celui des Pygmées et des Bantous aurait été contaminé par Helicobacter pylori indépendamment du reste de l’humanité.
« C’est le seul à ne pas provenir, comme les autres, d’Afrique de l’Est » explique le principal auteur de l’étude.Comment interpréter ces données ? «C’est très difficile ; elles peuvent être liées à une dynamique propre à la bactérie, pas forcément à des déplacements de ces populations ».
Le débat reste ouvert.
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Source : Le Monde du 10/02/07, citant un article (introuvable) de François Balloux publié dans Nature du 08/02/07
L’archéologie « tropicale » étant à ce jour muette (car tout pourrit), et risquant de le rester, les seuls espoirs d’en découvrir plus résident dans la recherche linguistique et celle de l’ADN.
A cet égard, une récente découverte singularise et épaissit encore un peu plus le mystère de l’origine des Pygmées (voir encadré).
Finalement, c’est gravé dans du granit égyptien que le Pygmée fera véritablement son entrée dans l’Histoire, il y a presque 4500 ans, pour en ressortir presque aussitôt...
La suite : Au temps des Pharaons

