Le temps des Colonies
Au XIXème siècle, l’Afrique profonde commence à être sérieusement pénétrée, soit par le Nil, soit par les fleuves de la côte atlantique.
Livingstone, Stanley, Savorgnan de Brazza, etc...toute une série d’aventuriers infatigables parcourent la forêt sans relâche et évoquent parfois les Pygmées dans leurs récits d’aventures (Stanley et Savorgnan), en parlant de "petits hommes noirs", sans toutefois les relier aux Pygmées de l’Antiquité...
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Le premier Pygmée attrappé par un blanc
Il faut attendre 1870 pour qu’enfin, un européen constate effectivement l’existence d’un Pygmée, et tente de le ramener en Europe.
Le privilège revint à un obscure botaniste allemand reconverti dans l’exploration, Georg Schweinfurth, au Zaïre dans la forêt d’Ituri, qui relata sa fameuse rencontre dans son ouvrage « Au cœur de l’Afrique 1868-1871 » :
« J’ai enfin sous les yeux une incarnation vivante de ce mythe qui date de milliers d’années. (….)au bout de deux heures, le pygmée est esquissé, mesuré, festoyé, comblé de cadeaux. Son nom est Andimokoû. »

Echangé contre un chien...
Andimokoû fut échangé contre un chien par le roi local Mounza, roi des Mongbettou (Mobutu) dont Schweinfurth détaille également les pratiques cannibales.
La primauté de sa découverte fut cependant aussitôt contestée par le français Du Chaillu qui soutenait en avoir rencontré au Gabon sept ans plus tôt…Trop tard !
Schweinfurth tenta de ramener sa prise en Europe, mais le pauvre Andimokoû mourut de dysenterie à Karthoum.
Mauvais présage...
Les premiers Pygmées en Europe
Trois ans plus tard, en 1873, deux Pygmées bel et bien vivants foulent enfin l’auguste terre européenne pour arriver en Italie.
Leur odyssée est étonnante.
En effet, l’opportuniste explorateur italien Miani exploite aussitôt le filon ouvert par Schweinfurth.
Il repart sur ses traces, retourne chez le sympathique Roi Mounza et revient, cette fois-ci, avec deux Pygmées, Tebo et Chairellah.
On n’est jamais trop prudent…
Justement, cette fois-ci, c’est Miani qui meurt en cours de route et confie ses prises à son compère nubien.
Week-end à Rome
Ramenés à Khartoum puis au Caire en juin 1873 où ils sont examinés sous toutes les coutures par plusieurs savants, ils sont enfin expédiés en Italie.
La Société de Géographie les confie alors à l’un de ses membres, le comte Miniscalchi-Erizzo, en son palais de Vérone avec pour mission « d’étudier leur langue et soigner en même temps leur première éducation »
Le bon Comte s’acquitte parfaitement de sa tâche, les deux Pygmées aussi.
En deux ans, ils ont appris à lire et à écrire avec leurs camarades de classe âgés de 10 à 12 ans, et ont aussi été baptisés.
La communication faite par le Comte en 1875 au Congrès International des Sciences géographiques sur ces deux premiers Pygmées ramenés en Europe précise :
« Ils sont timides, intelligents, sobres, très honnêtes, passionnés pour la musique, la pêche, la chasse et les jeux enfantins ; ils ont un grand désir d’apprendre, et (surtout l’aîné) manifestent un goût très prononcé pour l’étude ».
Sa conclusion est formelle :
« Les Akkas ne sont pas des nains et ils sont encore moins le chaînon intermédiaire entre l’homme et le singe. »
Pour eux, un mot nouveau est inventé
Mesurés, pesés, examinés, les Pygmées furent alors le sujet de plusieurs ouvrages (1) tentant de déterminer s’ils avaient un rapport avec ceux de l’Antiquité, puisque les seules connaissances dont on disposait dataient de cette époque !!!
Un nouveau mot, « négrille », est inventé en 1872 par Ernest-Théodore Hamy pour qualifier cette race dont il précise qu’ « il ne s’agit pas de noirs en miniature ».
La description très précise qu’il fait en 1879 des négrilles - jusqu’à leur nombre de glandes sudoripares - est un condensé des études physiologico-somatologiques en cours.
Elle vaut le détour (voir le texte).
Dix ans après leur découverte, au zoo...
Très vite, les Pygmées passèrent du cabinet scientifique au jardin zoologique et à la scène de music-hall.
Ils vont devenir, avec leurs collègues Fang, Ashantis, Aettas…. les favoris des patrons de ménageries et autres organisateurs de zoos humains, comme Barnum le précurseur américain des spectacles de monstres (hommes-tronc, femmes à barbe,…).
Des Pygmées sont ainsi exhibés en 1886 aux Folies-Bergères par l’organisateur de spectacle Farinelli.
Des revues spécialisées sont créées, comme le Congo Illustré ou Le Mouvement géographique, qui relatent expéditions exotiques et tiennent informés des nouveaux arrivages de sauvages du monde entier.
Mon Pygmée d'Amérique
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Aux Amériques, c’est évidemment en plus grand qu’on voit les choses.
Les Américains aussi veulent leurs Pygmées, il n'y a pas de raison !
Ils organisent des expéditions pour ramener ivoire, bois précieux, peaux de fauves et aussi des Pygmées.
A cette époque, déjà, le débat entre évolutionniste darwiniens de tous poils à la recherche du "chaînon manquant" et illuminés mystiques bat son plein.
Le destin tragique du premier Pygmée américain
Au Congo, Ota Benga avait été marié deux fois. Sa première femme avait été enlevée par une ethnie voisine, la seconde était morte mordue par un serpent.
Il avait un enfant.
Il fut ramené du Congo Belge avec huit autres Pygmées en 1904 en vue de la Foire Internationale de Saint Louis et de ses « Journées de l’Anthropologie » où il fut présenté comme « le lien transitionnel le plus proche de l’homme ».
18 millions de visiteurs...
Au cours des « Journées de l’Anthropologie », furent organisées des compétitions sportives entre Pygmées, Esquimaux, Apaches, Patagoniens, Négritos des Philippines, Ainous du Japon, Zoulous et autres Baloubas.
Ces athlètes improvisés se révélèrent lamentables aux courses des 440 yards et des 100 yards (1 yard=0,91m) mais semblèrent tous apprécier le ….base-ball (sic) !!!
Les organisateurs conclurent que « dans toute l’histoire du sport mondial, on n’a jamais enregistré d’aussi médiocres performances ».
Concernant les Pygmées, ils furent jugés inaptes à tout exercice physique sauf pour... le lancer de boue !!!
La Foire rameuta tout de même 18 millions de personnes en sept mois !!!
Un ancêtre de l'évolution
Ota Benga fut ensuite hébergé dans des locaux du Zoo du Bronx dès 1906, mais pas encore exhibé.
Il fallait d’abord l’apprivoiser.
Sournoisement, le directeur du Zoo, un excentrique notoire lié à des scientifiques racistes, lui proposa d’abord de nourrir les animaux, puis l’encouragea progressivement à s’occuper plus particulièrement des primates.
Pour parfaire le tableau, il lui proposa de s’installer et de tendre son hamac dans la cage aux singes, et l’autorisa à jouer avec son arc et ses flèches.
Le premier jour de l’exposition arriva enfin le 8 septembre 1906. Les visiteurs affluaient pour découvrir celui qui était présenté comme « un ancêtre de l’évolution », dans sa cage, avec sa guenon préférée.
L’exposition connut un immense succès populaire ; certains dimanches ensoleillés, jusqu’à 40 000 visiteurs se pressaient contre les barreaux de sa cage, en lui lançant blagues, quolibets et insultes. Pire que dans un stade de foot !!!
Très vite, Ota Benga ne supporta plus tout cela et montra des signes d’agressivité. En plus, les associations de Noirs américains protestaient, soutenues par les anti-évolutionnistes. A son grand regret, le directeur du zoo dut se séparer de lui.
Mais pas question de le faire retourner en Afrique. D’abord placé dans un orphelinat, son éducation se poursuivit dès 1910 en Virginie.
Habillé à l’américaine, les dents pointues cachées par des couronnes, il travailla un temps dans une usine de tabac.
Bingo pour Benga
Sans doute lassé d’être à jamais un objet de curiosité, le 20 mars 1916, Ota Benga chasse les enfants qui avaient pris l’habitude de jouer avec lui, enlève tous ses vêtements pour ne garder qu’un pagne, arrache ses couronnes dentaires et allume un grand feu cérémoniel.
Après une dernière petite danse rituelle, il prend un pistolet et se tire une balle dans le cœur.
Il avait une trentaine d'années.
Sur son certificat de mort, son nom est ainsi écrit : "Otto BINGO".
Sa tombe à Lynchburg (Virginie), après avoir été déplacée, a aujourd’hui disparu…
Son nom, Ota Benga, en langue Aka, veut pourtant dire
« Bienvenue, Ami »…..
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Lire : “Ota Benga” de Phillip Verner Bradford et Blume Harvey, Ed. Belfond
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Ainsi, c'est tout naturellement que sous l’appellation « Les ancêtres de l’Evolution », le gorille Dinah, l’orang-outang Dohung et le Pygmée Ota Benga sont exposés au zoo du Bronx de New-York en 1906.
Allongé dans un hamac dans la cage aux singes, il attire 40 000 visiteurs en un seul dimanche !!!
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Le Pygmée africain, "OTA BENGA". |
Sur la pancarte placée devant sa cage...
Son destin fut tragique (voir encadré).









