Discrimination sanitaire


Les Pygmées, moins bien soignés que les gorilles des réserves desquelles on les a expulsé….


Le pian touche surtout les enfants

Le pian, au début...

 

A un jet de souche des scieries éco-certifiées et labellisées "gestion durable", les Pygmées tombent comme des mouches.

Victimes d’un isolement social, les Pygmées sont aussi victimes d’un isolement sanitaire.
Il n'ont quasiment  jamais eu accès à aucun système de santé.
Personne ou presque ne va les soigner.
Dans le Parc National de N’Doki-Nouabélé (nord Congo), ils sont moins bien soignés que les gorilles.
Des spécialistes de médecine tropicale accusent (1).

Le pian :un classique qui perdure

 

Les Pygmées ont de nos jours un « profil épidémiologique » désastreux, l'équivalent de celui des Grands Noirs des années 1950, c’est-à-dire nul, comme à l'époque où l’Afrique n’avait pas encore été la cible des grandes campagnes mondiales de vaccination.

Pourquoi cette situation inique ??? 
- Discriminés socialement, les Pygmées le sont aussi médicalement.
- Miséreux et opprimé, le Pygmée n’ose pas fréquenter les rares centres de santé,
- Aucun programme de santé international, local, vertical ou humanitaire ne les concerne ni ne les atteint, ou presque.

 

« Là où s’arrête la piste commence le pian »

"NOUS SOIGNONS CEUX QUE LE MONDE OUBLIE" : quel beau slogan d'une grande association humanitaire française (commençant par un M) !
Pourtant, aucun des 300 à 600 000 Pygmées (on ne sait !) d'Afrique centrale n'a jamais vu la couleur des blouses blanches de nos French Doctors...
Pourtant, "des caractères de très grande vulnérabilité et de forte identité culturelle prévalent au lancement d'une mission" précisait récemment la même ONG dans une de ses revues consacrée aux "peuples autochtones oubliés".
Encore une confirmation du dicton : "Là où s'arrête la piste commence le pian"...
Caramba, encore raté pour les Pygmées !

 

Les Pygmées sont oubliés de tous, au point qu’un spécialiste mondiale du pian, horrible maladie défigurante et délabrante qui affecte particulièrement leurs enfants (que l’OMS tenta d’éradiquer lors de sa première campagne mondiale) en a même fait un adage resté célèbre : « là où s’arrête la piste commence le pian ».

Les Pygmées : des réservoirs à virus ignorés des ONG


En effet, bien après son éradication supposée vers 1948, l’OMS observa peu à peu sa résurgence chez les Grands Noirs d’Afrique centrale qui étaient en contact avec les Pygmées. Il fallut se rendre à l’évidence : on avait oublié de soigner ces habitants des forêts !!!
Oubliés, à en devenir des réservoirs à virus pour leurs voisins bantous !!!

60 ans après, c’est pareil et pire : des enfants pygmées continuent de souffrir et de disparaître, en silence, dans leurs huttes de feuilles, à 7 heures de Paris, à ½ heure de marche de nos braves scieries européennes estampillées "gestion durable" ...

26 juin (photo J-B Fabre)A LIRE ABSOLUMENT22 juillet, après une seule injection d'extencilline (photo J-B Fabre)

Une histoire du pian et de la discrimination sanitaire des Pygmées

de Gérard Salomone et François Taglioni 

Lésions pianiques chez un enfant
avant et après traitement
par une seule injection d'extencilline  

26 juin                        Photos JB FABRE                        22 juillet





on "soigne" en plongeant les abcès dans la braise...

Soyons justes : au milieu de cette apathie planétaire, il a existé et il existe encore épisodiquement des programmes les concernant.

· Ainsi, les rares et sérieuses initiatives comme celles menées au nord Congo par TMC en 1995 et l’Unicef en 1999 (voir encore Histoire du pian),
· D’autres plus fréquentes, folkloriques, anecdotiques ou politiques, comme celle menée au riche Gabon déforesté qui, depuis 2005 (enfin !), a entrepris de vacciner...260 Pygmées d'un clan sédentarisé depuis…70 ans (sic), de leur procurer de la vitamine A et des moustiquaires imprégnées anti-paludisme. (Lire)
- Enfin et surtout, les éternelles et irremplacables religieuses qui, parfois, arrivent à les faire venir dans leurs dispensaires.
Ainsi, par exemple, en République Centrafricaine, les soeurs Spiritaines de Mbaiki ou les Soeurs de l'Alliance.
(voir à ce sujet le joli reportage en Centrafrique de Teddy Seguin, ou l'on voit même un Pygmée....musulman ! !! (2)

 Pendant de temps, dans le Parc National de N’Doki-Nouabélé, au nord-Congo, frontalier de celui de l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature, en République Centrafricaine, les gorilles argentés migrant dans les mêmes zones que les Pygmées sont régulièrement traités contre le pian, qui les affecte également.
Les Pygmées, eux, ne sont pas traités (1).

     Pendant ce temps, le temps passe : pian, rougeole, noma, paludisme, tuberculose, et maintenant sida (3), sont les maladies dont ils souffrent le plus.

En silence, au fond des bois.

A LIRE :
(1) : La marginalisation sanitaire des Pygmées de la Likouala (Congo) , par G. Salomone et F.Taglioni
(2) : Le peuple pygmée : entre esclavage et prosélytisme
(3) : Afrique Centrale : les populations des forêts menacées par le VIH/SIDA , Sidanet, mai 2007,


Enfant pygmée rongé par le pian

 


 

Oubliés de tous

 

 
éléphantiasis? loa-loa??

 

La fréquentation des centres de santé
par les Pygmées

Il y a de quoi la perdre !

Si d’aventure, l’idée saugrenue lui vient à l’esprit de se présenter, avec toutes ses économies, à un des rares centres de santé de l’Afrique profonde, voici ce qui peut se passer :

« Quel que soit son rang d’arrivée dans un centre de santé, le Pygmée sera alors reçu en dernier (….) avec parfois des conséquences dramatiques. Ainsi en mars 2003, M. Boukongo Félix, un Pygmée de Ngoua II a perdu son fils âgé d’un an, décédé d’un paludisme parce que l’infirmier n’avait pas jugé utile de lui administrer les soins d’urgence, privilégiant les Bantous alors qu’il avait déjà perçu les frais de consultation » cite ainsi le rapport de l’OCDH de 2004.

Même le célèbre journal médical britannique The Lancet le constatait dans sa livraison de juin 2006 : « Peu de Pygmées se rendent dans les centres de santé car ils ne peuvent payer la consultation ou les médicaments, n’ont pas de papiers d’identité pour se déplacer ou obtenir gratuitement des médicaments auprès des hôpitaux, ou sont humiliés et victimes de stigmatisations. »

Le même The Lancet précisait, à propos du sida qui fait des ravages chez les Pygmées de RDC, que ces derniers ne pourraient être traités que si des « programmes spécifiques » leur étaient dédiés.



« Les Pygmées sont bons guérisseurs,
c’est pourquoi ils fréquentent rarement les centres de soins et les hôpitaux »

On les envierait presque, les Pygmées !!! Gonflé, mais quid si c’est dit de façon sincère ? C’est pourtant ce que l’on entend souvent au Cameroun pour justifier leur désertion des centres de santé.

Les médecines traditionnelles sont, en fait, soit oubliées, soit inefficaces. Que fait la tradition contre la rougeole ou le sida ? Pour le pian, la poudre de bois de sapelli soulage. Mais lorsque l’abcès est trop purulent, l’enfant y applique de la braise, ou pose carrément son pied dessus.

Alors, la quiétude du campement est déchirée de longs cris, vite étouffés par l’épaisseur de la forêt.

Parmi la totalité des photos de cette page, prises entre 2006 et 2009 par Un Monde Pygmée (sauf les 2 en N&B), certaines se situent à un jet de souche de scierie éco-certifiée. Consternant.



 

 


Les enfants, atteints en priorité...


PERSONNE ne les soigne !